Les trois vagues de la finance bleue

Alors que 2025 touche à sa fin, marquée notamment par le dépassement d’une septième limite planétaire liée à l’acidification de l’océan,  l’équipe de July prend le temps du recul après une année d’accompagnement des acteurs engagés pour le financement d’une économie bleue régénérative et durable.  

En 2024-2025, notre équipe a en effet accompagné l’ONG Ocean Risk and Resilience Action Alliance (ORRAA), et participé à la coordination du Blue Economy and Finance Forum (BEFF), qui s’est tenu les 7 et 8 juin derniers à Monaco, dans le cadre de la troisième Conférence des Nations Unies sur l’Océan (UNOC 3). Là, les financiers du monde entier (banquiers, assureurs, philanthropes, banques multilatérales et institutions internationales) se sont réunis autour d’un constat commun : l’objectif de développement durable n°14 (conserver et exploiter de manière durable les océans, les mers et les ressources marines aux fins du développement durable) est le moins financé de tous, alors même que l’océan joue un rôle vital dans la stabilité climatique et économique mondiale.  

Face à cette tension entre urgence écologique et inertie financière, une question revient dans les échanges : Comment faire en sorte que les flux financiers contribuent à la résilience et à la régénération de l’océan ?   

Cette année de travail, de rencontres et d’échanges sur ce sujet nous conduit à livrer une lecture en trois vagues : trois approches financières complémentaires et nécessaires, qui ensemble dessinent un chemin pour restaurer et préserver les écosystèmes marins. Fidèles aux principes du BEFF, nous ancrons cette réflexion dans le concret, en l’illustrant par des exemples d’initiatives présentées lors du Forum. Parce que les profils et les mandats des financiers internationaux sont multiples, cet article s’adresse à toutes celles et ceux qui partagent une même direction : la transition vers une économie bleue régénérative et durable. 

Sommaire

Vague 1 - Réorienter les flux : le courant de surface 

Quand on parle de finance bleue, la première étape, qui pourrait paraitre évidente mais ne l’est pas dans les faits, consiste à réorienter les flux existants. L’économie de l’océan représente déjà des montants considérables. Une condition essentielle de la résilience des écosystèmes est donc de cesser de financer les activités qui leur nuisent.  

C’est la première vague, le courant rapide de surface qui vise à stopper, aussi vite que possible, les impacts négatifs sur les écosystèmes marins. Cela suppose d’abord de clarifier ce que l’on entend par économie bleue. Au sens de la Banque Mondiale, il s’agit de l’usage durable des ressources de l’océan au service de la croissance économique, l’amélioration des conditions de vie, et de l’emploi tout en préservant la santé des écosystèmes océaniques. Autrement dit, toutes les activités maritimes ne sont pas « bleues » par nature.  

L’OCDE, dans son rapport « L’Economie de la mer à l’horizon 20503 » nous invite à prendre la mesure de l’océan dans l’économie mondiale :  

Les mers et océans sont indispensables à la vie sur Terre : ils recouvrent 71 % de la surface de la planète, constituent 90 % de la biosphère, assurent la sécurité alimentaire de plus de trois milliards de personnes, permettent le transport de plus de 80 % des marchandises mondiales et abritent les câbles sous-marins transportant 98 % du trafic Internet international. 

Ramenée aux ordres de grandeurs économiques : 

Si la mer était un pays, son économie aurait été la cinquième plus importante au monde en 2019. Entre 1995 et 2020, elle a représenté entre 3 % et 4 % de la valeur ajoutée brute (VAB) mondiale et employé jusqu'à 133 millions d’équivalents temps plein (ETP). 

L’économie de la mer est partout autour de nous ; dans notre alimentation, nos pratiques touristiques, nos achats et notre énergie mais elle n’est pas durable.   

Le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) estime que, chaque année, 5 000 milliards de dollars sont investis dans des activités qui ont un impact négatif sur la nature, c’est 140 fois plus que les investissements dirigés vers les solutions fondées sur la nature, c’est-à-dire des solutions qui s’appuient sur et préservent les écosystèmes. Dans ce contexte, l’Ocean Panel for a Sustainable Ocean Economy évalue à 550 milliards de dollars par an le besoin minimal de financement pour restaurer durablement l’océan. 

Une partie de ces financements existent déjà et financent des activités qui ont un impact négatif sur les écosystèmes marins, la première urgence est donc de les rediriger. 

Les outils de réorientation émergent, et ils sont essentiels pour définir ce qui est réellement bleu. Par exemple, comment établir la frontière entre la pêche industrielle et pêche artisanale ? Les énergies renouvelables sont-elles vraiment durables si elles ont un impact négatif sur la biodiversité ? 

Le BEFF a servi de plateforme pour mettre en lumière ces instruments : 

  • Les guides pour accompagner les institutions financières dans la transition vers le financement d’une économie bleue durable comme le Ocean Investment Protocol, et 
  • Les cadres d’analyse d’impact et les Indicateurs de Performance Clés (KPIs) qui permettent d’évaluer les retombées concrètes d’un projet en termes d’impact positifs sur l’environnement, comme le Ocean Impact Navigator. 

 

Les trois vague de la finance bleue

Blue Economy and Finance Forum, juin 2025

Ces outils contribuent à faire basculer l’investissement vers des activités telles que la pêche durable, énergies marines renouvelables, les infrastructures côtières résilientes, le carbone bleu, et à stopper les financements vers des activités nuisibles aux écosystèmes. Ainsi, pendant le BEFF, la banque française Crédit Agricole a annoncé renoncer à tout financement de projets de forage en eaux profondes.  

Mais les travaux ne s’arrêtent pas là. Pour être réellement efficaces, ces cadres d’analyse et guides méthodologiques doivent être intégrés au cœur des politiques d’investissement des entreprises. Cela implique le développement de taxonomies internes claires et adaptées à leurs portefeuilles, à leurs risques et à leurs stratégies, afin d’opérer des arbitrages cohérents et d’ancrer durablement la transition dans leurs décisions, et demain, de préciser plus nettement les activités à exclure ou à favoriser.  

Rediriger les flux est une étape indispensable (« d’abord, ne pas nuire »), mais elle ne suffit pas. L’état de dégradation des écosystèmes, de disparition de la biodiversité, et d’accumulation du CO₂ dans l’océan appellent une réponse plus ambitieuse qui se situe dans notre modèle de définition de la valeur. Notre modèle dominant actuel ne permet pas de valoriser les services essentiels que nous rend l’océan. C’est ce que cherche à saisir la deuxième vague de finance bleue à travers des exemples d’outils financiers innovants et initiatives concrètes. 

Vague 2 - Valoriser l’invisible : les profondeurs révélées 

L’océan représente 70 % de la surface de la planète, abrite 80 % de la biodiversité mondiale, et absorbe 30 % du CO₂ émis chaque année. Il est notre premier allié climatique. Pourtant, sa contribution reste largement non valorisée dans les modèles économiques.  

Paula DiPerna, dans son ouvrage Mettre un prix sur l’inestimable : la transformation financière pour valoriser la planète, résoudre la crise climatique et protéger notre bien le plus précieux, résume ainsi l'enjeu : 

« Une faille béante de notre système financier : le fait de ne pas reconnaître et de ne pas fixer de prix à ce qui est inestimable (l’atmosphère) fait que des actifs naturels intangibles mais indispensables sont tenus pour acquis sur le plan financier et, de ce fait, essentiellement gaspillés. » 

Quand la qualité de l’air que l’on respire, les services écosystémiques que la nature nous rend, les mangroves qui protègent nos côtes des inondations, ne sont pas intégrés à l’équation financière, alors la régénération et la protection de l’environnement restent hors des décisions d’investissement.  

Comme le souligne Karen Sack, directrice d’ORRAA :  

L’océan est un capital vivant et une classe d’actifs très sous-évaluée. Quand nous investissons dans sa santé, nous investissons dans la nôtre.”  

Philippe Grandcolas, dans son ouvrage La biodiversité, urgence planète, explique les trois valeurs de la biodiversité : une valeur d’usage, à travers les services qu’elle nous rend, une valeur d’option, pour les services potentiellement cruciaux que les espèces pourraient nous rendre dans le futur, et enfin, nous y reviendrons dans la troisième vague, une valeur intrinsèque liée à la survie des espèces pour ce qu’elles sont.  

Les écosystèmes côtiers des forêts de mangroves illustrent cette valeur invisible : elles absorbent jusqu’à 10 fois plus de carbone par mètre carré que les forêts terrestres. Elles protègent 15 millions de personnes chaque année des inondations, et réduisent les dommages liés aux tempêtes de plus de 65 milliards de dollars. Pourtant, elles ont perdu 30% de leur surface en 25 ans. 

La finance de marché peut jouer un rôle en rendant visible et rémunérée la préservation et la restauration des ressources, c’est l’objet de cette deuxième vague de finance bleue.  

Dans le cadre du Blue Economy and Finance Forum, un appel à initiatives a permis de référencer des exemples de véhicules financiers permettant de changer les paramètres de la finance traditionnelle, en voici quelques exemples : 

  • Les marchés carbone : ils ont pour objectif de briser le lien traditionnel entre émissions de carbone et croissance économique. Le principe est simple : une autorité fixe un plafond (cap) d’émissions pour un secteur. Les entreprises reçoivent ou achètent (trade) des quotas correspondant à un droit d’émettre une certaine quantité de CO₂. Si elles émettent moins, elles peuvent revendre leur surplus ; si elles dépassent, elles doivent acheter des quotas supplémentaires. Le prix du carbone devient ainsi un signal économique, censé refléter le coût marginal réel de la réduction d'une tonne de CO₂. Il existe deux types de marches carbone : le marché réglementé (compliance market), où les entreprises sont légalement tenues de détenir des crédits couvrant leurs émissions, et le marché volontaire (voluntary market), où les organisations compensent leurs émissions résiduelles dans le cadre de leurs stratégie climat. 
    • Les crédits carbone bleu sont une extension des marchés carbone volontaires appliquée aux écosystèmes côtiers : mangroves, herbiers marins, marais salants. Ces milieux naturels stockent d’immenses quantités de carbone (jusqu’à dix fois plus que les forêts terrestres) et jouent un rôle fondamental de protection côtière. Les crédits biodiversité, quant à eux, ne mesurent pas du carbone mais un gain net de biodiversité (restauration de récifs, augmentation d’espèces, amélioration de l’état écologique). Ces deux mécanismes financent la conservation par la création de revenus pour les communautés qui protègent ou restaurent les écosystèmes.  
      • Par exemple, l’initiative West Africa Blue menée en Guinée vise à restaurer les forêts de mangroves et à générer des crédits carbone de haute qualité, créant ainsi une source de revenus durable et de long terme pour les communautés locales et l’ensemble des parties prenantes. Le projet s’appuie sur un accord formel avec le gouvernement guinéen, garantissant la pérennité des actions et leur ancrage dans les politiques nationales de protection des écosystèmes côtiers. 

 

  • Les Obligations corail (Coral bonds) sont des obligations thématiques (« blue bonds ») dont les fonds levés sont spécifiquement destinés à la restauration et la protection des récifs coralliens. Le mécanisme repose sur un instrument obligataire classique, c’est-à-dire une dette, mais associé à des indicateurs de performance écologique : une partie du rendement ou du remboursement est liée à la réussite des efforts de restauration. Les investisseurs sont ainsi incités à soutenir des projets ayant un impact réel.  
    • En Indonésie, l’obligation corail développée dans le cadre du Blue Halo Initiative permet de financer la restauration de récifs dégradés autour de Bali et de Nusa Penida. L’objectif est d’améliorer la résilience des écosystèmes locaux, essentiels au tourisme, à la pêche et à la protection côtière. Les performances de biodiversité conditionnent une partie du rendement final de l’obligation. 

 

  • Les assurances paramétriques sont conçues pour fournir des paiements rapides après un événement climatique extrême. Contrairement aux assurances classiques basées sur l’évaluation des dommages, les assurances paramétriques déclenchent un paiement automatique lorsque des paramètres prédéfinis sont atteints (par exemple, vitesse du vent, hauteur des vagues, magnitude d’une tempête). Cela permet de financer immédiatement les opérations d'urgence, cruciales pour les écosystèmes qui nécessitent des interventions dans les jours ou semaines suivant un choc.  
    • La Mesoamerican Reef Rescue Initiative (MRRI) est un exemple d’assurance paramétrique mis en place par Swiss Re, WWF et The Nature Conservancy en 2016 pour assurer la barrière de corail au large de Cancùn. Ce récif a une valeur considérable pour l’économie locale : non seulement il attire les touristes qui viennent dans la région pour admirer les coraux, mais en plus il protège la côte en cas de tempête en diminuant de 90% l’énergie des vagues. 

 

En reconnaissant la valeur de ces services écosystémiques, on commence à transformer les règles du jeu financier. Mais cette deuxième vague ne résout pas un problème de fond : tant que la nature est valorisée uniquement par son utilité pour l’humain, une part essentielle de sa valeur reste hors-champ. 

Vague 3 - Compter ce qui compte : Changer de cap 

La troisième vague s’attache à la valeur intrinsèque des écosystèmes, telle que la décrit Philippe Grandcolas : préserver l’océan pour ce qu’il est, non seulement pour ce qu’il nous apporte. 

Pour transformer durablement nos décisions économiques et les aligner avec les limites planétaires, il faut changer de paradigme au cœur du réacteur des décisions économiques : changer ce que nous comptons, et donc ce que nous valorisons. Tant que les indicateurs économiques dominants ne donneront qu’une vision partielle de la réalité, en ignorant les facteurs écologiques, nos choix micro et macroéconomiques resteront aveugles aux risques systémiques qui menacent la stabilité de nos sociétés. 

Publié en octobre 2025, le rapport sénatorial rédigé par Eric Dumoulin, Vanina Paoli-Gagin et Stéphane Sautarel sur l’évolution des valeurs dans le champ économique à l’horizon 20508 apporte un éclairage essentiel sur les limites des outils de mesure actuels de la performance économique au regard des enjeux environnementaux : 

Parce qu’elle semble offrir un langage commun, neutre, quantifiable, stable et qu’elle valorise le présent et encore davantage l’avenir, la valeur économique a pris une place première, au détriment d’un questionnement sur la finalité des actions humaines, le sens du progrès, le bien commun. 

La réponse dominante aux enjeux environnementaux repose actuellement sur l’internalisation des externalités, comme l’illustrent les instruments détaillés ci-dessus : marché carbone, crédits biodiversité, taxes, etc. Si ces instruments permettent de corriger certaines défaillances de marché, ils consistent à donner un prix à la nature, sans pour autant prendre en compte l’ensemble des dimensions de sa valeur. Or un système de prix peut difficilement rendre compte de l’état des ressources naturelles. 

Le principe de la double matérialité constitue une première avancée. Il conduit à tenir compte à la fois des impacts de l’écosystème sur les activités de l’entreprise (par exemple, comment l’acidification de l’océan affecte les stocks de poissons d’une entreprise de pêche) et les impacts de l’entreprise sur l’écosystème (comment l’entreprise affecte la biodiversité locale en respectant ou non les quotas de pêche). C’est une première étape pour rendre compte des liens entre activités économiques et impacts sur l’environnement. Toujours dans le rapport Dumoulin, Paoli-Gagin et Sautarel : 

Au total, pour reprendre une classification des courants de l’économie en fonction de la valorisation du capital naturel, l’enjeu est d’aller au-delà de l’« économie de l’environnement » afin de privilégier l’« économie écologique » : la première internalise le coût des atteintes à l’environnement dans les fonctions de production ; la seconde fait de l’environnement une priorité qui détermine les activités économiques. 

C’est ce que propose le modèle de comptabilité C.A.R.E (Comprehensive Accounting in Respect of Ecology) qui permet de changer le modèle de comptabilité et donc de décision de l’entreprise. Dans ce modèle, l’impératif de préservation du capital financier de l’entreprise s’étend aussi à la préservation des capitaux naturels et humains. La valorisation du capital naturel (par exemple une forêt) ne repose pas sur les profits susceptibles d’être tirés des services rendus par la nature (valeur marchande ou économique des écosystèmes) mais sur les moyens mis en place pour la préserver (le montant des dépenses nécessaires à sa restauration ou son maintien dans son bon état écologique). En conséquence, avec l’approche C.A.R.E, une entreprise ne peut calculer son profit qu’une fois le remboursement de sa dette écologique envers ses capitaux naturels et humains garanti, de manière analogue à l’obligation de protection du capital financier. 

La biodiversité n’est plus une variable extérieure à l’entreprise mais s’intègre dans le schéma décisionnel interne des dirigeants et permet même la (re)définition du modèle d’affaires pour assurer la préservation de ces capitaux. Ainsi, dans ce modèle de comptabilité, certaines activités ayant un impact négatif sur la nature sont abandonnées parce qu’elles ne sont plus rentables pour l’entreprise. 

A l’échelle macro-économique, l’initiative des Ocean Accounts présentée par le Costa Rica lors du BEFF constitue l’équivalent national de cette transformation. Ces comptes intégrés visent à dépasser le PIB, qui ne mesure ni l’état des écosystèmes, ni la résilience des territoires et valorise même des épisodes de pollution, en combinant les données : environnementales, sociales, et économiques pour mesurer le progrès d’une nation. 

The Global Ocean Accounts Partnership précise que l’agrégation de ces informations permet de suivre trois dynamiques critiques : 

  • L’évolution de la richesse océanique, incluant les actifs produits (ports) et non produits (mangroves, herbiers, récifs) ; 
  • Les revenus et conditions de vie des communautés dépendantes de l’océan ; 
  • La production économique bleue, au-delà du simple PIB sectoriel.

 

Le Costa Rica s’est engagé à mettre en place des comptes océaniques complets d’ici 2030, intégrant capital naturel, données économiques et sociales dans la décision publique. Cette approche ouvre la voie à une gouvernance marine plus cohérente, capable d’orienter les investissements vers la résilience climatique, la planification spatiale maritime et le développement économique durable. 

Conclusion 

La finance sert, depuis toujours, à relier le présent au futur. Elle permet d’investir aujourd’hui dans des bénéfices qui ne viendront que demain. Comme le résume Sindre Østgård, associé chez We Are Human et 2050.do : 

“Je crois profondément que lorsque nous investissons, nous ne prédisons pas l’avenir. Nous sommes en train de le façonner.” 

Alors que s’ouvre devant nous une pluralité de futurs la question devient plus radicale : quel futur voulons-nous financer ? 

Peut-être faut-il, pour y répondre, changer la manière dont nous pensons notre relation au vivant. Car notre rapport à la nature a longtemps été celui d’un créancier : nous prélevons, nous exploitons, nous considérons l’océan comme une réserve d’actifs dont nous sommes légitimement propriétaires. C’est la logique de la dette : prendre aujourd’hui en reportant vers demain, et vers les générations futures, la charge de rembourser. 

L’économie bleue régénératrice nous invite à une tout autre posture : celle du capital. A ne plus considérer la nature comme une ressource dont nous pouvons disposer, mais comme un capital vivant dans lequel nous sommes co-investisseurs et co-dépendants. Penser l’océan comme un capital, c’est reconnaître que notre prospérité est liée à la sienne ; c’est comprendre que restaurer un récif, protéger une mangrove ou préserver une espèce n’est pas un coût, mais une prise de participation dans les conditions mêmes de notre avenir. 

Réorienter les flux, valoriser l’invisible et compter ce qui compte : ces trois vagues ne sont pas seulement des transformations techniques. Elles dessinent un changement profond : celui d’une finance qui cesse d’être un simple outil d’allocation du capital pour devenir un instrument de relation au monde. 

Plutôt que de poursuivre des investissements qui creusent notre dette écologique tout en donnant l’illusion de créer de la valeur, engageons-nous à investir dans les capitaux naturels, humains, sociaux et financiers qui renforcent réellement les fondations de notre avenir commun. 

 

Marianne Carpentier et Lucie Galinon 

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